2021~13ème jour de Mars~Dryade

Le village du Nord

Cela fait plus de trois ans que je suis arrivée dans le royaume de Va’alaore. Mon petit cottage de pierre, aux murs envahis de lierre, de mousse et de plantes grimpantes, se dresse au cœur de la forêt, telle une extension de la Nature elle-même. Je suis loin d’être seule dans cette forêt : chaque matin, je suis réveillée par le gazouillement de petites mésanges bleues, perchées non loin de mes fenêtres. Quand les plantes sont en fleur, le discret grésillement des abeilles qui les butinent ajoutent une note mélodieuse aux sons quotidiens. La terre meuble conserve les empreintes de nombreux animaux : lapins, cerfs, daims, sangliers, renards… Sapins, chênes, bouleaux et frênes, pommiers et châtaigniers constituent les principales essences d’arbre de mon lieu de vie. L’odeur de leur résine flotte dans les airs, telle une légère brume, délicieusement fraiche et odorante. Ils abritent une multitude de petits êtres, féeriques ou non, qui vivent en parfaite harmonie. Tout cela constitue une merveilleuse symbiose, qu’on croirait presque magique.

J’ai commencé à explorer les environs à peine quelques semaines après mon arrivée. J’étais beaucoup trop impatiente de partir à la découverte de ces terres qui m’étaient encore inconnues. Et je n’ai jamais cessé. A chaque sortie, j’avais mon carnet de croquis dans une main, ma plume dans l’autre ; je consignais absolument tout ce que je voyais. Je décrivais le paysage, les espèces que je rencontrais, que je les connaisse ou non. C’en était presque devenu une obsession : je voulais tout voir, tout comprendre, tout consigner sur papier.

J’avais repéré un village de Fées un peu plus au nord. Lors de ma première visite, j’avais remarqué qu’elles ne vivaient pas en « ethnies » (faute d’un meilleur terme) : plusieurs races de fées coexistaient dans ce village. Pour l’instant, je ne saurais dire si elles avaient un rôle assigné en fonction de leurs capacités. Je ne les avais observées que de loin. D’après les dires de l’aubergiste de Kandrak, elles se méfiaient des Humains. Je prenais donc garde à ce qu’elles ne me remarquent pas lors de mes excursions, pour ne pas les effrayer. J’avais pris l’habitude de me cacher derrière des buissons, les observant à bonne distance à l’aide de mes jumelles. Cela me permettait de prendre mon temps pour écrire et dessiner, notant chaque détail, chaque couleur, chaque activité qu’il m’était possible de voir.