2026~15ème jour de mars~Valyria

Les yeux d’or me fixaient, immobiles. Je n’osais plus respirer. Tout mon instinct me hurlait de fuir, mais mes jambes refusaient de m’obéir, comme retenues par la chaleur du sol sous mes pieds.

La silhouette acheva de se déployer. Elle était immense — bien plus grande que tout ce que j’avais pu imaginer en entendant les récits des voyageurs à l’auberge de mon village. Ses écailles, sombres comme la roche des ruines qui l’entouraient, captaient la lueur rougeoyante des nuages au plafond de la grotte. Elle ne fit pourtant pas un geste vers moi. Elle m’observait, la tête légèrement inclinée, comme on observe une chose qu’on n’a encore jamais vue.

Je crois que c’est ce qui m’a le plus surprise. Pas sa taille. Pas ses crocs, ni ses griffes qui auraient pu me réduire en poussière d’un seul geste. Mais ce silence. Cette attente.

J’ignore combien de temps nous sommes restées ainsi, elle et moi, à nous jauger dans la pénombre. Puis, lentement, comme si chaque mouvement lui coûtait un effort immense, elle abaissa la tête jusqu’à ma hauteur.

C’est alors que je vis les cicatrices. Des marques anciennes, tout le long de ses ailes, là où la membrane avait dû se renouveler avec le temps, comme le font parfois les dragons lors des grands passages de leur existence. Des siècles de solitude, gravés dans sa propre chair.

Je ne sais pas ce qui m’a poussée à tendre la main. La peur aurait dû l’emporter. Mais quelque chose dans ce regard doré me disait que ce jour-là, ni elle ni moi n’étions plus seules.

Elle me laissa approcher. Et lorsque ma paume se posa enfin sur ses écailles brûlantes, je sentis — plus que je ne l’entendis — un souffle long et grave s’échapper d’elle. Comme un poids qui se déposait, après tant d’années.

Ce jour-là, Valyria m’offrit un fragment de membrane tombé d’une de ses ailes. Un cadeau, me dit-elle sans un mot, rien qu’à la manière dont elle le poussa vers moi du bout du museau. Je n’ai jamais oublié cet instant. C’est de ce fragment qu’est née toute une collection.